Femmes venues d'ailleurs enrichir notre monde. Augustine Matumona, une perle d'Afrique.
Madame Augustine, comme on l’appelle si chaleureusement, est arrivée du Zaïre en 1982, à titre de Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Accompagnée de son troisième enfant, elle s’installe à Québec. Son mari Jules également boursier, et leurs deux enfants la rejoignent quelques semaines plus tard. « Pour moi il n’était pas question que je me sépare de ma famille. »
Pendant un an, Augustine Matumona effectuera une recherche sur le système de santé et des services sociaux du Québec, dans le but d’adapter ce système aux besoins de son pays d’origine. Mais la vie en a voulu autrement. Les difficultés politiques que connaît le Zaïre bloquent la diffusion de la recherche. Par ailleurs, la famille déjà adaptée au Québec, s’enrichit d’un quatrième enfant. Touché par l’accueil des Québécois et Québécoises et connaissant peu la communauté Zaïroise ici, le clan familial tisse des liens d’amitié « indélébiles », précise Augustine. « Je ne remercierai jamais assez les Québécoises. Lors de mon dernier accouchement, une amie de Donnacona a gardé mes trois enfants. » Puis, travail oblige, la famille se dirige vers Montréal et élit domicile à Longueuil.
Des défis à la hauteur de l’espoir
La tête remplie de défis et d’espoir, madame Matumona met ses talents de «leader », au service de la communauté et fonde en 1986, un centre communautaire pour femmes immigrantes, Afrique au féminin. Incorporé en 1988, cet organisme à but non lucratif regroupe d’abord des femmes Africaines préoccupées par des difficultés d’immigration sociale et économique. Membre de l’R des Centres de femmes depuis cinq ans, Afrique au féminin a élargi son champs d’action aux femmes de toutes origines, issues de minorités visibles et chefs de familles monoparentales.
Bénéficiant de locaux octroyés par la Ville de Montréal, Afrique au féminin dessert surtout la population du quartier Parc-Extension, mais aussi Villeray / St-Michel, dans l’arrondissement Centre Nord. Parc-Extension constitue une mosaïque de soixante-dix groupes ethniques, dont 93% de la population est d’autre origine que Québécoise francophone. Quartier fortement défavorisé, 45% de sa population vit sur le seuil de la pauvreté. « Une visite au Centre, et vous verrez comment nos intervenantes et nombreuses bénévoles répondent aux innombrables besoins, requêtes d’information et de consultation, autant de la part de nos participantes nouvellement arrivées ou immigrées que de la part des institutions du milieu », nous confie madame Augustine.
Force de la nature et solide comme un roc, Augustine Matumona est membre du conseil d’administration de la Corporation de Développement Économique et Communautaire Centre- Nord (CDEC) depuis sept ans et vice-présidente de la corporation Mathieu DaCosta, organisme ayant pour but de favoriser l’entrepreneurship chez les gens d’affaires de la communauté noire. En 1994, elle assume le rôle de présidente du comité chargé de mettre sur pied le Fond d’économie sociale. Elle contribue également à la mise en place de l’Éco-quartier Parc-Extension dont elle est la présidente.
Elle est de toutes les tables de concertation sur l’employabilité des femmes de toutes origines et de tous les succès olympiques de ses quatre garçons à l’école, au soccer comme au basket. Ouf! De quoi vous mettre à bout de souffle. Qu’à cela ne tienne, Augustine insiste : « malgré nos occupations, la famille nous tient à cœur. Mon mari est d’une aide précieuse et tous les deux nous sommes fiers de nos gaillards. »
Des projets et encore des projets
Madame Augustine a une idée fixe : donner aux femmes des outils et des stratégies qui puissent leur permettre de satisfaire leur besoin essentiel d’autonomie. Pourquoi pas alors un restaurant-formation? Et c’est ce projet d’économie sociale qui a pignon sur rue (7342, rue St-Hubert) depuis près de deux ans. La Paillotte, Cuisine sans frontières a favorisé la création de deux emplois pour femmes immigrantes.
Une richesse gastronomique que ce restaurant familial fréquenté par la communauté latino-américaine, haïtienne, africaine et québécoise. « Il est rare de voir un endroit comme ça, c’est convivial et délicieux », s’accorde à dire un groupe de québécois rencontré, lors de notre visite. La Paillotte est aussi un lieu de partage où employées, bénévoles et clientèles diversifiées carburent aux fajitas, à la sauce aux arachides en passant par les œufs au bacon. « Dans mon pays la paillotte est une hutte au toit de paille un lieu de discussion familiale. Je voulais en faire un lieu de rencontre à saveur humaine », nous confie madame Augustine.
Madame Matumona ne cache pas sa fierté. Le Centre Africain au féminin est le premier organisme à avoir mis sur pied les cercles d’emprunt dans l’arrondissement Centre-Nord, en 1992. Ainsi, quinze micro-entreprises ont vu le jour, encourageant l’apprentissage et l’autonomie .économique des femmes immigrantes en leur donnant accès au crédit . « Nous avons rédigé un document qui a permis aux cercles d’emprunt d’être reconnus au niveau gouvernemental. »
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Augustine a l’enthousiasme contagieux! Toujours le vent dans les voiles. « Nous participons à la préparation de la grande marche des femmes de l’an 2000. Plusieurs institutions sollicitent notre expertise pour effectuer des recommandations ou des études sur des sujets spécifiques. » Jeanne, d’origine africaine et Marisa, d’origine panaméenne - celles-là même qui assaisonnent les plats de la Paillotte au gré de leur inspiration et de leur musique traditionnelle - sont acquises à la cause et s’estiment heureuses d’avoir croisé le destin d’Augustine.
Un rayonnement sans équivoque
Afrique au féminin rayonne bien au de-là de son territoire. L’expertise acquise et développée à coup de volonté et de courage depuis dix ans a porté fruit. Plus de cent vingt femmes issues de tous les milieux, de tous les quartiers, de toutes origines, langues, religions sont membres d’Afrique au féminin. Les ressources humaines se composent de quatorze employées (grâce à des programmes gouvernementaux) et de douze bénévoles régulières qui portent à bout de bras le fonctionnement du Centre. Les domaines d’intervention sont multiples : accompagnement, dépannage alimentaire, support social, intervention, sessions de formation en emploi, en français; sans compter les activités socioculturelles, les mini-conférences et les cafés –rencontres. « Je veux rendre à la communauté les services dont j’ai bénéficié moi-même en arrivant au Québec. Notamment l’accueil et l’écoute qui président à la connaissance de l’autre et facilite son intégration à la société québécoise », affirme Augustine à la ferveur frémissante.
De plus, Madame Matumona, a su créer un partenariat avec de nombreux groupes acteurs sociaux tels l’R des Centres de femmes, Moisson Montréal, le CLSC, le Centre Local d’Emploi, la Ville de Montréal, Parc-Extension Quartier en Santé, Agence de garde en milieu familial, le Centre d’orientation et de formation des immigrants (COFI), le Comité d’action de Parc-Extension, les Cercles d’emprunt de Montréal, le Centre haïtien d’animation et d’intervention sociales (CHAIS), la CDEC...
Ce n’est qu’un au revoir
Rencontrer Augustine Matumona, c’est mettre un visage sur des idées, un sourire sur des batailles. Une joie sur la rigueur, un nom sur l’engagement profond. C’est découvrir dans notre petit coin du globe une force vive venue d’ailleurs pour « partager nos passions, enrichir notre monde. » Au revoir Augustine!
Afrique au féminin
7745, rue Champagneur
Parc-Extension
Montréal (Québec)
H3N 2K2
Tél. : 272-3274
Nicole Therrien, agente de développement - Corporation de développement communautaire (CDC de la Pointe)



