Tout a commencé devant le miroir. Ce matin-là, le cheveu en bataille (battue avec le peigne), l’œil éteint (ratés les feux de l’amour) le teint gris souris (heureusement qu’il n’y avait plus un chat ), le ventre au repos et la fesse au garde-à-vous (je vous laisse commenter).
Je me disais qu’avant de passer l’arme à gauche, il faudrait que j’attaque l’ennemi de front . Ce n’était pas en me retranchant dans mon bunker que je gagnerais la bataille contre le temps, cet ennemi juré qui fait d’une femme de 40 ans une relique, d’une femme de 50 ans un souvenir et des autres carrément des évocations d’un autre siècle.
Devant ce conseiller des grâces, attardée devant ma psyché à bon marché, je me suis prise à réfléchir. Je ne fais que ça depuis que j’ai investi non pas dans un RÉER, mais dans une RÉALITÉ. Hors donc, mal m’en pris de tirer profit de mon imaginaire pour en exprimer la substantifique moelle qui m’avait fait bosser sur des compositions françaises aux sujets vagues, qui n’ont jamais fait de vagues, et pondre une recette pour les femmes qui ont comme moi un appétit à satisfaire en cette fin de siècle ou une revanche à prendre, ou les deux.
Je me disais qu’il fallait bien que je trouve une recette pour satisfaire ma petite faim de siècle qui me faisait un léger creux entre le cœur et la tête, sans en faire tout un plat.
Je quittai sans regret cette image qui striait la glace pure de ma glace et m’acharnai sur une pioche d’ordinateur. Je vous livre ainsi sans malice, à vous mes compagnes du grand millésime, une recette qui n’engraissera que votre ego. C’est beaucoup plus du gâteau que de la tarte..
- Petite recette pour satisfaire votre faim de siècle
Prendre les premières années de votre vie, y ajouter un reste de vos 14 ans et pourquoi pas une goutte de votre premier baiser et allez-y donc pour les dix premiers, un flacon complet de passions de toutes sortes, une rasade d’eau-de-vie, obligatoire, surtout pas de larmes (trop salées). Pétrir sans pâlir, réchauffer tout doucement, napper d’un coulant coulis à l’eau de roses, vous n’en recevrez jamais assez, et consommer très lentement, car c’est bien meilleur après 40 ans. Soyez votre propre invitée, car vous l’avez bien gagné cette drôle de guerre. Il y a sur votre mur un miroir qui attend, comme pour un rendez-vous, qu’une humaine se pointe et réfléchisse. À quoi pourrait servir d’autre un miroir ?
Johanne Paiement



