Alors que le capitalisme favorise l’accroissement des richesses d’une minorité, les femmes et les familles s’appauvrissent chaque jour davantage.
Si nos politiciens et politiciennes se targuent de privilégier la famille et les moins favorisés de notre société, les faits, eux, disent tout autre chose. Quand on sait que les bénéficiaires de la Sécurité du revenu sont pratiquement cloués au pilori dans notre société, il est aberrant de constater à quel point on décourage les mères monoparentales qui veulent travailler, c’est-à-dire mettre leurs compétences au service de la communauté. Pour tout le monde travailler, signifie participer à l’évolution de sa société et avoir par la même occasion, un droit de parole crédible. Mais qu’arrive-t-il lorsque, par la force des choses, on condamne les femmes monoparentales à répondre aux exigences du travail sans considérer la lourdeur de leurs responsabilités familiales?
Les problèmes de santé mentale tendent à augmenter chez les femmes et les burn out au travail sont légion. Les causes? On n’a qu’à songer à la précarisation accrue pour la majorité des femmes, à l’inéquité salariale qui prévaut encore dans plusieurs entreprises (rappelons seulement qu’en plu s d’occuper majoritairement des emplois à temps partiel, les femmes gagnent généralement 73% du salaire des hommes), et surtout à l’absence de mesures concrètes pour aider ces dernières à concilier famille et travail.
Le courage de certaines femmes est immense. Peu de gens connaissent le combat quotidien de ces femmes monoparentales qui choisissent de travailler. Rien ne vaut un cas particulier pour illustrer le général. Quel ne fut pas mon indignation lorsque ma plus proche collègue, mère monoparentale de trois enfants m’a appris l’endettement auquel le seul fait de travailler la confonde tous les jours. Ayant gagné un revenu de 16,432$ l’an dernier, elle n’est maintenant plus admissible au programme APPORT qui permet aux femmes à faible revenu d’obtenir des déductions pour les frais de garde et l’accès aux banques alimentaires. Maintenant pour un adulte avec deux enfants (ceux-ci ne compte plus après le deuxième!) ne doit pas excéder 14 500$ pour bénéficier des quelques avantages du programme APPORT.
De janvier à juin 1998, elle recevait le salaire minimum et pouvait obtenir l’aide du programme APPORT. Depuis juin dernier, Madame Basque (qui, soit dit en passant, ne reçoit aucune pension alimentaire du père de ses enfants) a obtenu une mince augmentation salariale de 100$ par mois et du coup, s’est retrouvée à défrayer les frais de garde de ses trois jeunes garçons. Le programme APPORT l’a mis À PART. Comme si les travailleuses et mères monoparentales n’étaient pas suffisamment marginalisées! Elle n’est plus pauvre, selon les barèmes savamment déterminés par on ne sait quelle tête bien-pensante!
Pire encore! Notre cher gouvernement qui donne d’une main et reprend aussi vite de l’autre, lui réclame 965,72 pour les frais de garde antérieurs! Ayant pris 648,63 avant le 7 juin. Pour 100$ d’augmentation salariale par mois, une mère monoparentale perd plus de 300$! De plus, puisque le plus jeune de ses garçons a maintenant sept ans, les allocations familiales provinciales et fédérales se voient considérablement réduites. Où est la logique de notre système social? Une femme qui désire travailler et élever ses enfants, fait partie d’une catégorie économiquement défavorisée dans notre société. Et pourtant, nos dirigeants et dirigeantes ne cessent de clamer l’importance de la famille, des enfants, des jeunes ... Il est urgent que les barèmes d’accessibilité du programme APPORT s’ajustent à la réalité quotidienne des femmes. Si nos ministres ont une conscience sociale, c’est le moment ou jamais de le démontrer. Quand on travaille pour nourrir, habiller, envoyer à l’école trois enfants et qu’en plus, il faut se battre pour joindre les deux bouts, y a de quoi être à bout et taper un burn out!
Ce qu’il y a à comprendre dans tout cela ? Que le privé est politique. Tant que les femmes continueront à subir individuellement les injustices sociales qui les appauvrissent, leur situation ira en détériorant. D’où l’importance de s’unir dans la dénonciation, de dire enfin que la violence peut aussi être systématique.
Gisèle Pomerleau



