De prime à bord, rencontrer la directrice d’un salon funéraire n’a rien de bien enlevant. C’est précisément ce que je me disais avant de faire face à une femme pimpante et dynamique à souhait soit Mme Sylvie Morin.
«Quand je dis aux gens que je suis à la direction d’un complexe funéraire, automatiquement, je sais que la majorité des gens pensent que je représente la mort. Mais je souris et leur demande : « Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un de mort? » Sylvie Morin dirige le Complexe Funéraire des Trembles depuis son inauguration en 1995 et a toute la vitalité nécessaire pour gérer la mort au quotidien. Car il faut être une bonne vivante et détenir un moral d’acier pour affronter l’inéluctable finalité du destin humain à tous les jours!
Étant l’une des rares femmes à occuper un poste de direction dans le milieu funéraire au Québec, Sylvie Morin ne tergiverse pas sur le fait que les femmes y sont à leur place autant que les hommes.« Je suis consciente d’occuper un métier non traditionnel pour une femme, mais je me sens à ma place. Je suis ouverte, empathique, humaine et bonne gestionnaire. Toutes des qualités essentielles pour diriger un complexe funéraire.» Évidemment, c’est surtout pour ceux et celles qui restent que Sylvie Morin travaille, car, dit-elle, «il faut comprendre la douleur de perdre un être cher, avoir connu un ou plusieurs deuils. Mes parents sont décédés et j’ai eu mal. Ça vient te chercher au fond de toi-même et la douleur est viscérale. Ça fait mal. Alors quand quelqu’un m’approche et me dit son mal, je peux lui dire que je comprends.»
Un complexe à l’image de la directrice
Contrairement à plusieurs dans le domaine, Sylvie Morin n’a pas hérité d’une entreprise familiale. C’est même pratiquement par hasard qu’elle s’est retrouvée à exercer son métier actuel. Dixième d’une famille de dix enfants, Sylvie Morin est originaire de Amqui dans le Bas du Fleuve. En 1971, elle déménage à Montréal et étudie comme secrétaire médicale et travaille dans le milieu bancaire pendant neuf ans. Puis en 1995, grâce à une solide expérience en relations humaines, on lui propose de diriger un complexe funéraire. Non sans hésitations préalables, elle finit par se lancer dans l’aventure. Et elle ne regrette rien de sa décision aujourd’hui. Elle est heureuse et la joie émane de ses yeux verts lorsqu’elle parle de son travail. «J’aime ce que je fais. J’aime travailler avec les gens. Ils m’apportent beaucoup. Au-delà du deuil, c’est la personne toute entière qui est démunie et qui a besoin de ressources de toutes sortes.»
Situé au centre d’immenses jardins, avec plans d’eau et fontaines, le Complexe Funéraire des Trembles est loin d’être lugubre. Tout a été pensé pour mettre un baume sur le cœur de ceux et celles qui ont perdu un être cher. Le décor est sobre et clair. De la chapelle aux salles d’exposition, la luminosité prédomine.« Il y a des mariés qui viennent se faire photographier dans les jardins. Avec la beauté ambiante, les gens craignent moins de venir s’y promener comme dans un parc», explique fièrement la directrice du Complexe.
Une vie occupée à mort!
Sylvie Morin se repose rarement.« Le funéraire, c’est 24 /24 heures. Personne ne choisit son moment de mourir! Alors, je dois garder mon cellulaire allumé jour et nuit. On ne peut pas se permettre d’erreurs, d’abord par respect pour les familles éplorées. Il faut voir à tout. C’est le minime détail qui importe pour satisfaire les familles qui se retrouvent souvent devant un choix à faire », raconte la femme d’affaires soucieuse de demeurer proche de sa clientèle en deuil. Heureusement, il y a quelques moments d’accalmie dans la vie trépidante de Sylvie Morin. Sa grande évasion est de partir en ballade avec son copain et leur chien. Ils partent sans destination précise, mais le téléphone cellulaire de la directrice du Complexe Funéraire des Trembles reste toujours ouvert. Responsabilités obligent!
Entre toutes ses occupations professionnelles, Sylvie Morin confie être une internaute avertie, une «gourmande du savoir», qui s’implique dans plusieurs organismes communautaires. Entre autres, elle siège au conseil d’administration de la Société Ressources-Loisirs de Pointe-aux-Trembles et s’occupe de l’organisation des festivités du 325e anniversaire de Pointe-aux-Trembles.« L’implication communautaire, c’est ce qui me fais sortir de mon cadre normal. Si j’étais toujours dans le monde funéraire, je ne pourrais pas me ressourcer. En fait, je supporte le milieu et le milieu me supporte. À travers ça je vais chercher des énergies.» Et Dieu sait que la directrice du Complexe Funéraire des Trembles ne manque pas d’énergie et de projets! Pour élargir la vocation de son complexe, elle organise présentement des concerts qui se tiendront dans ses jardins aux mois de mai, juin et juillet prochain. L’audace de faire triompher la vie, quoi!
Audrey Coté



