01 juin 1999| Vol. 1, No. 3 - Juin-Juillet 1999 |
Pour celles qui sont pratiquement anonymes dans nos livres d'histoire

Pourquoi des femmes, au XVIe siècle, ont choisi de quitter un pays civilisé pour venir s’établir en Nouvelle-France, terre où seuls vivaient les amérindiens au milieu des ressources naturelles de la forêt et de l’eau?

Meurtries par de longues années de guerres et de pauvreté en Europe, certaines femmes sont prêtes à tout pour améliorer leur sort. Parmi celles-ci, on retrouve des femmes de toutes conditions sociales : nobles, bourgeoises, religieuses, vagabondes, orphelines, prostituées, mères de famille, etc. Évidemment, ces femmes apportent avec elles leurs habitudes et les valeurs de leur pays d’origine, la France. À leur arrivée, elles se lient aussitôt d’amitié avec les femmes autochtones qui leur transmettent leurs connaissances pratiques. Les nouvelles arrivantes apprennent donc à se vêtir, se soigner, se nourrir et à se déplacer malgré les rigueurs de la vie en forêt l’hiver.

Pour survivre et compenser l’absence de leurs maris, les femmes défrichent le sol, coupent le bois, construisent des maisons, manient les armes, éduquent les enfants et gèrent les biens familiaux. Elles le font discrètement, mais brillamment. Laïques ou religieuses, les femmes installées en Nouvelle-France sont de véritables chefs d’entreprise.

C’est en 1617 qu’arrive une première famille française. Celle de Marie Rollet et Louis Hébert avec leurs trois enfants. Cette famille possédant une maison, est pratiquement la seule à vivre en permanence à Québec. Marie Rollet collabore étroitement au métier de son mari apothicaire. Bien que le couple soit connaissant en médecine, cela n’empêchera pas leur fille Anne de mourir en donnant naissance à son premier enfant.

Plus d’une centaine de femmes comme Marie Rollet s’installeront en Nouvelle-France. Leurs qualités sont nombreuses : courage, volonté, détermination n’en sont que quelques-unes. Plusieurs de ces femmes, plus précisément les religieuses, ont fondé des hôpitaux, des écoles et des institutions pour les démunis. La travail de celles qui sont anonymes dans nos livres d’histoire a été de la plus grande importance pour le développement de la colonie. Pour nourrir la famille, les femmes devraient semer, labourer, sarcler afin que leur jardin produise assez de légumes et de fruits à récolter. Pour la viande, le lait et les œufs, elles devraient s’occuper des animaux . Pour faire du pain, elles devraient semer et moudre le blé. «Souvenez-vous de ces bancs près du poêle à bois où des tôles remplies de pâte qui levait en attendant d’être cuite. Une odeur d’amour se répandait dans la maison», nous disent nos aïeules.

Ce n’est pas tout de nourrir sa famille. Il faut aussi l’habiller l’hiver, il fait froid en Nouvelle –France! Pour une simple paire de bas ou un chandail, il faut commencer par élever des moutons, les tondre afin de carder et filer la laine pour tricoter. Ainsi, les enfants auront de beaux vêtements chauds pour l’hiver! De même, pour se laver et laver les vêtements, les femmes charrient l’eau de la rivière à la maison, sans oublier qu’elles doivent confectionner leur savon.

Enfin, même si la famille a bien mangé et est bien vêtue, le travail des mamans n’est pas terminé. Lorsqu’un enfant est malade, elles doivent se transformer en infirmières et utiliser leurs connaissances, car il n’y a pas de pharmacie au coin de la rue! Tout ça avec un enfant dans le ventre et un autre dans les bras! Hommage à toutes ces femmes du passé qui nous font voir notre présent avec plus d’humilité.

Bibiane Leblanc, Johanne Leblanc