01 octobre 1999| Vol. 1, No. 4 - Octobre-Novembre 1999 |
Michèle Audette: Une voix pour les femmes autochtones

L’œil noir brille de tous ses feux sous la lumière crue des néons. Michèle Audette est visiblement une femme de passion.

Élue à la présidence de femmes Autochtones du Québec (FAQ) en novembre 1998, c’est avec une voix posée mais déterminée qu’elle parle de la lutte à poursuivre pour vaincre les préjugés à l’égard de ses consoeurs « La bataille est loin d’être gagnée. Nous avons encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire. »

En effet, les problématiques sur lesquelles Michèle Audrey doit se pencher sont loin d’être simples. Marginalisées par les territoires circonscrits des réserves, les communautés autochtones québécoises vivent de nombreux problèmes sociaux « C’est difficile de s’en sortir. Lorsqu’on a des origines autochtones, on ne sait pas où se situer dans la société québécoise. »Michèle Audette s’en est bien sortie et aspire à en aider d’autres à voir la lumière.

L’heureuse élue

Âgée de 27 ans, Michèle Audette possède un vécu riche d’expériences diverses. Née d’un père montréalais et d’une mère Innu, Michèle Audette a grandi à Sept-Îles dans l’enrichissement de deux cultures. Or, comme les relations entre blancs et autochtones ont toujours été ambigües, la petite fille fait face au dualisme intérieur. C’est avec pudeur qu’elle confit avoir eu de la difficulté à se définir comme métisse, comme si l’aveu de certaines difficultés pouvait devenir compromettant pour les siens. « Lorsque j’étais avec les Innu, on me qualifiait de blanche et lorsque j’étais parmi les blancs, on me considérait comme une autochtone. C’était difficile de savoir qui j’étais. »

Après avoir traversé une adolescence trouble, sa première maternité au début de la vingtaine, l’incite à faire valoir sa culture maternelle à la société québécoise. Elle s’installe à Montréal et étudie au Cégep, son bébé dans les bras. « Je voulais qu’il soit toujours avec moi. Heureusement, c’était un bébé tranquille qui dormait beaucoup.» Entre les cours, elle s’implique à FAQ et est de toutes les manifestations. Elle fait des études en enseignement des arts à l’université de Concordia jusqu’au jour où elle décide de poser sa candidature comme présidente de femmes Autochtones du Québec. Convaincue que son jeune âge est la pierre d’achoppement de son élection, elle vise d’abord à prendre de l’expérience au sein de l’organisme. Mais, oh surprise! La voilà élue ! « J’ai toujours été présente à FAQ. C’était mon petit rêve secret de me présenter comme présidente. Lorsque je me suis enfin décidée à me présenter, je ne pensais pas être élue, car je me présentais contre deux femmes d’expérience que je respecte beaucoup. J’ai dû faire un discours sans promesse ! » , dit-elle en s’esclaffant de rire. Rayonnante de jeunesse et de maturité, la nouvelle présidente de femmes Autochtones du Québec porte fièrement le flambeau de sa culture.

Crever l’abcès de la violence

Mère monoparentale de deux garçons de six et de trois ans, Michèle Audette tient à leur laisser un héritage de pacifisme. D’ailleurs, l’idéologie de femmes Autochtones du Québec est de faire la promotion de la non violence auprès de toute la communauté. «La mentalité de FAQ c’est de travailler pour les femmes, mais aussi pour la famille. On veut crever l’abcès de la violence et pour se faire, il faut impliquer tout le monde. »

Contrer la violence préoccupe les femmes Autochtones du Québec depuis sa fondation en 1974. Selon la présidente de Femmes Autochtones du Québec, huit femmes sur dix vivent de la violence dans les réserves. « Le problème majeur que les femmes rencontrent dans leur communauté, c’est la violence. Cela commence à la naissance et se perpétue jusqu’à l’âge adulte. Ça débute par la négligence parentale, de l’inceste, des abus physiques, verbaux et en se mariant, elles reproduisent le même modèle que l’enfance. C’est un cercle vicieux. »

Agissant comme une véritable voix politique pour toutes les femmes autochtones, Femmes Autochtones du Québec, qui compte plus de 1300 membres, siège à l’assemblée des première Nations du Québec et du Labrador qu’elle tente de sensibiliser à ses problématiques. « On tente de démontrer à nos leaders (qui sont des hommes à 99%), l’importance de notre association. Nous tentons de démontrer que nous pouvons collaborer avec les premières nations. Tout le monde doit participer à la résolution des problèmes sociaux. Même vous, sœurs québécoises ! », affirme la métisse convaincue et convaincante.
La solidarité est le mot d’ordre des militantes de Femmes Autochtones du Québec. D’ailleurs, c’est en se ralliant à d’autres groupes de femmes que Femmes autochtones du Québec a obtenu gain de cause dans certaines revendications. Entres autres, en 1985, les femmes autochtones ayant perdu leur statut en mariant un blanc l’ont retrouvé.

« Le problème majeur que les femmes rencontrent dans leur communauté, c’est la violence. Cela commence à la naissance et se perpétue jusqu’à l’âge adulte »

Être à la fois femme et autochtone dans la société actuelle constitue une double discrimination. Elles font davantage les frais que les hommes du chômage et de la discrimination en emploi. « Les femmes n’ont pas de travail, mais ce sont elles qui sont les plus éduquées », raconte la présidente de Femmes Autochtones du Québec. D’ailleurs, favoriser l’employabilité des femmes autochtones constitue, avec la promotion de la non violence et la justice, un dossier prioritaire de l’organisme que dirige Michèle Audette.

L’indépendance autochtone

Maintenant à l’écart de plusieurs décisions gouvernementales depuis le début du siècle, les communautés autochtones éprouvent des difficultés d’intégration à la société québécoise : « Les communautés autochtones près des grands centres rencontrent plus de difficultés que les autres plus éloignées. En effet, elles subissent plus de racisme, de rejet et de préjugés. Malheureusement, c’est présent », de dire Michèle Audette. La pléthore de problèmes sociaux (dont la violence, la toxicomanie et le racisme) affligeant les communautés autochtones est tributaire en grande partie de ostracisme vicieux dissimulé derrière ce que plusieurs personnes prennent pour des traitements de faveur. D’ailleurs, à ce sujet, Michèle Audette ne mâche pas ses mots : « Tout nous a été imposé. L’éducation, la culture, la langue. En parkant les gens dans les réserves, on a créé une dépendance. La plus grosse erreur, c’est de tuer un peuple à petit feu! »

Un peu comme le Front de libération des femmes revendiquait à la fois l’affranchissement des femmes du patriarcat et la souveraineté du Québec, Femmes Autochtones du Québec milite en faveur des femmes autochtones et de l’autonomie gouvernementale. « Nous voulons être reconnus comme premières nations, comme peuple aux yeux des gouvernements québécois et fédéral. Nous voulons avoir nos propres infrastructures adaptées à nos propres réalités, nos programmes. Qu’on incite nos jeunes à aller s’instruire et à revenir dans nos communautés », affirme Michèle Audette. Mais il y a une ombre au tableau : la relève se fait rare.

C’est avec désarroi et inquiétude que la jeune présidente expose une des réalités alarmantes des communautés autochtones : «Les jeunes baignent dans des problèmes sociaux. Seulement 7% des jeunes terminent un secondaire cinq. Et le pourcentage de ceux qui se rendront à l’université est de 0,8%. » Malgré cela, la pimpante présidente de Femmes Autochtones du Québec reste optimiste et croît en la possibilité de motiver les jeunes : Nous sommes en train d’élaborer une formation sur le leadership pour les jeunes, car ceux-ci baignent dans des problèmes sociaux. On veut leur donner l’envie de s’en sortir, d’être fiers de ce qu’il sont. » D’évidence, Michèle Audette incarne l’espoir d’un avenir meilleur pour les générations à venir des communautés autochtones.


Femmes Autochtones
Du Québec Inc.
Québec Native Women Inc.

Michèle Audette
Présidente
460, Ste- Catherine Ouest, Bureau 503 Montréal Québec H3B 1A7
Tél. : (514) 954- 9991. Fax : (514) 954-1899

Audrey Coté