01 octobre 1999| Vol. 1, No. 4 - Octobre-Novembre 1999 |
Les enfants atteints de difficultés d'apprentissage: signe des temps?

À l’école primaire, de deux à trois enfants par classe éprouvent de la difficulté à comprendre. Et ce nombre augmente d’année en année, selon le dernier relevé effectué par le Ministère de l’Éducation.

Pour mettre les pendules à l’heure, disons immédiatement que les .difficultés d’apprentissage n’ont rien à voir avec un manque d’intelligence. Même que de grands intellectuels comme Albert Einstein et Léonard de Vinci étaient atteints de difficultés plus graves appelées troubles d’apprentissage, et ont pu élaborer une œuvre importante. Si cela ne veut pas dire que tous les enfants sont des génies en puissance, ils ont quand même tous un potentiel.

De façon générale, on peut soupçonner anguille sous roche si un enfant éprouve des difficultés avec la parole et le langage. Nicole Vangrunderbeeck, professeur titulaire au département de didactique de l’Université de Montréal et enseignante depuis 30 ans, dit qu’on peut détecter quelques indices avant la maternelle « Si un enfant a de la difficulté à retenir un poème, des consignes ou les paroles d’une chanson ou s’il cherche ses mots quand il parle, on peut voir là des indices de fragilité. »

À l’école, ces enfants cumulent les échecs et la lecture, l’écriture et/ou les mathématiques sont des sources d’angoisse. On entend souvent dire que ses enfants sont des cancres et de mauvais élèves. Selon Denise Détrempes- Marquez, secrétaire générale de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage (AQTA), « le mythe de la paresse perdure et est très fort.
C’est malheureux pour un enfant qui, lui fonctionne à sa façon. On l’étiquette de tous les mots négatifs. »

Lunatique, paresseux, hyperactif, le mythe est tenace. Jean-François Baar, orthopédagogue et responsable du centre d’aide à l’apprentissage de l’Université de Montréal, croit que ce serait attribuable à une mauvaise utilisation des mots. « les termes débiles, mongols, aliénés, retardés sont encore utilisés. Ce n’est pas complètement disparus du vocabulaire. » Ces enfants, qui ne comprennent pas ce que la plupart assimilent rapidement, sont étiquetés.

D’ailleurs, demandez à un enfant qui est le faible de sa classe et il répondra qu’il est celui qui coule. «C’est le système qui a transformé la conception de l’enfant ( de l’intelligence) pour localiser sur le rendement », croit pour sa part Germaine Dudeau, psychoéducateur et orthopédagogue depuis 28 ans. L’enfant aurait une intelligence évolutive, donc une intelligence qui progresse avec les années, mais « le système fait en sorte qu’elle est statique et jugée en fonction d’une note. » L’enfant aurait une intelligence évolutive, donc une intelligence qui progresse avec les années…

Avant les années 1800, la plupart des jeunes présentant des difficultés étaient considérés comme habités par les mauvais esprits. Depuis ce temps, les recherches ont progressé dans le domaine et, en 1963, des chercheurs de Chicago ont nommé certaines difficultés graves comme étant des troubles d’apprentissage et ont fondé une association pour venir en aide aux personnes atteintes. Rapidement, une filiale canadienne a vu le jour et au Québec, l’AQTA, accueille et informe le public.

De plus en plus d’enfants atteints

Si les méthodes de diagnostic sont plus raffinées et qu’on détecte plus rapidement les enfants en difficulté, l’augmentation du nombre de cas est aussi un signe des temps, croit Nicole Vangrunderbeeck : « On ne s’occupe pas assez des enfants en ce qui a trait à leur apprentissage des choses, à découvrir. On a un peu trop tendance à laisser à l’école le soin de le faire. » Selon elle, la recrudescence des problèmes de langage serait due en partie au fait que notre monde est plus axé sur les images que sur le langage. Dans le salon, la télévision occupe plus d’espace que le livre. Et les enfants imitent leurs parents et ne sont pas portés à lire un bouquin.

Bien sûr, qu’un manque de stimulation intellectuelle peut favoriser l’émergence de difficultés, dit Denise Détrempes-Marquez, mais on identifie mal le genre de difficultés des enfants. C’est ainsi qu’un élève peut être classé comme ayant un trouble de comportement au lieu d’une difficulté d’apprentissage. » Les écoles ont des quotas à remplir et si elles ne déclarent pas avoir des élèves dans une certaine catégorie, elles ont moins de budget pour des classes spéciales et des intervenants.

Les parents, la société et l’école ont leur part de responsabilité. Cependant, les exigences des programmes sont aussi en cause aux dires de Germain Dudeau. Dans le système québécois, on retrouve le plus haut taux de d’objectifs en Amérique du Nord, soit entre 300 et 400 par niveau. Les objectifs sont les acquis que le Ministère de L’Éducation juge nécessaire pour faire passer les élèves. « Le drame en éducation, c’est qu’on met l’accent sur les programmes. On situe un retard par rapport au programme. Et quand un enfant double, c’est qu’on suit les programmes. » Et il n’y qu’un pas vers l’obsession de la performance.

Le système québécois se base sur le modèle français, un système rigide, selon Germain Ducleau où on trouve le plus haut de doublage au monde. À l’opposé, au Royaume Uni, les enfants n’ont que deux semaines d’examens pendant les sept années du primaire. Et les reprises d’années n’existent pas. Jean-François Baar croît aussi que la rigidité du système scolaire est en cause. « L’école est pour ceux qui sont bons et ceux qui comprennent vite. .Est-ce qu’on évalue vraiment la capacité de comprendre ou évalue-on la capacité d’un élève à s’adapter à la méthode d’un professeur? » Cependant, la lourde tâche des enseignants ne leur permet pas de s’arrêter à ceux qui ne comprennent pas. Cet orthopédagogue a enseigné quelque temps au primaire et il assure qu’il est impossible de faire un enseignement personnalisé pour ceux qui ont de la difficulté, sinon « tu ne rends pas la marchandise » Encore la fameuse performance!

Que faire?

Un diagnostic professionnel est essentiel pour avoir la certitude qu’il y a un problème. En fait, plus on intervient tôt, plus on a de chance que tout se replace. Selon Nicole Vangrunderbeeck , il faut refréner l’envie de cogner à toutes les portes à la fois. « Je me dis qu’il vaut mieux partir d’une personne et aller vers des approfondissements d’examens. Quand l’enfant n’a pas l’air d’aller mieux après avoir été pris en charge, il peut aller voir un psychologue pour faire un complément. »

Habituellement, l’enseignement entrera en contact avec les parents pour leur signaler le problème et l’orthopédagogue de l’école fera passer les tests à l’enfant. Celui-ci pourra évaluer la nature des difficultés, que ce soit en écriture ou en calcul ou en lecture pour en suite l’aider à développer des stratégies pour surmonter ses difficultés. L’enfant pourra ainsi rencontrer l’orthopédagogue individuellement quelques heures par semaine.

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du plan d’intervention personnalisé? C’est une description des objectifs et des moyens que l’entourage de l’enfant devrait suivre pour l’aider. Les parents, le directeur de l’école, l’enseignant, l’orthopédagogue s’entendent sur une démarche à suivre.

Bref, la plupart des personnes interrogées mettent en cause la structure du système qui ne serait pas suffisamment adaptée pour répondre à tous les élèves. Jean-Pierre Lagacé, optométriste et responsable de l’information/communautaire de l’association des optométristes du Québec, croit qu’il est possible de régler tous ces problèmes d’apprentissage en diagnostiquant le tiers inférieur de chaque classe, c’est-à-dire le dernier 30% dans les notes. « Si on n’avait la chance de diagnostiquer ces enfants, je suis certain qu’on aurait une amélioration multidisciplinaire. » Les orthopédagogues, psychoéducateurs, psychologues, pédopsychiatres, optométristes et autres professionnels pourraient ainsi se concerter pour aider les enfants atteints de difficulté d’apprentissage

Ressources à utiliser :
Centre d’aide à l’apprentissage
(Université de Montréal);
514-343-6829

Service de Psychologie
(Université du Québec à
Montréal) :
514- 987-0253

Association québécoise pour les
Troubles d’apprentissage :
514-847-1324

Dominique Choquette