Elles sont de celles qui ont tout vu et rien oublié : des témoins du siècle, des oiseaux rares. Le 28 août dernier, une grande militante nous a quittés; Léa Roback est décédée chez elle presque dans l’anonymat. Aucune couverture médiatique spéciale pour cette femme qui a accompli un travail remarquable pour améliorer les conditions sociales des plus défavorisées.
Léa Roback , fille d’immigrant Juif-Polonais est née à Montréal en 1903.
À 18 ans, elle travaille dans une boutique de nettoyage pour 8 $ par semaine, et le soir, dans un théâtre à vendre des billets. Avec l’argent amassé, elle se rend en France et en Allemagne pour étudier la littérature, l’histoire et l’art. C’est à Berlin qu’elle fut pour la première fois en contact avec le parti communiste.
Elle retourne à Montréal pour débuter une carrière de militantisme en se joignant au nouveau parti communiste. Elle participe à la campagne électorale de Fred Rose, premier député communiste de la Chambre des communes
Léa Roback amorce sa longue association avec le mouvement ouvrier lorsqu’elle est embauchée par l’Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames.
En 1937, elle participe à l’organisation de la grève de 5000 ouvriers du vêtement qui a été, au Québec, une des première batailles syndicales pour l’amélioration des conditions des femmes.
En 1943, elle réussit à obtenir, en trois semaines, un premier contrat syndical pour plus de 4000 travailleurs dont la moitié des femmes.
Pendant ces années de militantisme syndical, Madame Roback a aussi travaillé avec acharnement, au sein de sa communauté, à l’amélioration des conditions de vie des familles et des femmes.
En 1985, Léa Roback est devenue membre honoraire de l’Institut canadien de recherches sur les femmes en remerciement des combats qu’elle a menés pour les droits des travailleurs, les droits des femmes, les droits de la personne et pour la paix. En 1993, à l’occasion de son 90e anniversaire, ses amis ont créé la Fondation Léa Roback pour promouvoir l’accès à l’éducation comme moyen de réalisation et d’émancipation personnelle et collective, ainsi pour promouvoir l’accès à l’éducation pour tous et en particulier pour les femmes.
Plusieurs femmes se sont engagées dans les luttes féminines. L’ une d’entre elles fut la grande amie de Léa Roback :Madeleine Parent.
Madeleine Parent est née à Montréal en 1918. Très jeune, elle voit l’énorme différence qui existe entre le traitement que l’on réserve aux filles engagées comme servantes et celui qu’on accorde aux pensionnaires comme elle.
Sa vie de militante débute à l’Université de McGill où elle étudie en sociologie. Elle milite au sein de la Canadian Students Assembly afin de permettre aux enfants de familles défavorisées d’obtenir des bourses d’études.
Ses études terminées, la lutte pour améliorer les conditions de vie des travailleurs et travailleuses sera au centre de sa vie; son outil principal : le syndicalisme.
En 1942, elle se retrouve à la tête du mouvement de syndicalisation des usines de la Dominion Textiles à Valleyfield et à Montréal. Quelques années plus tard, la grève éclate et des familles entières s’engagent dans le mouvement de revendication. À maintes reprises, Madeleine Parent démontre son courage, son leadership et sa détermination.
Ennemie jurée de Maurice Duplessis qui l’accuse d’être communiste, elle sera mise aux arrêts cinq fois et emprisonnée en 1948 pour conspiration séditieuse.
Devant la trahison de leur union internationale, elle voit la nécessité de mettre sur pied des syndicats locaux. Elle figure parmi les membres fondateurs des syndicats canadiens. Sa détermination et sa patience portent fruits, alors qu’en 1968, 70% des syndiqués au Canada cotisaient aux syndicats américains, en 1998 ces derniers ne représentent plus que 30%.
Madeleine Parent prend sa retraite du mouvement syndical en 1983, mais poursuit son engagement auprès des femmes. Membre fondatrice du comité canadien du statut de la femme elle y a représenté le Québec pendant 8 ans. Elle participe activement à divers comités de défense des droits des femmes autochtones ou encore la Marche des femmes contre la pauvreté. Encore aujourd’hui, Madeleine Parent poursuit son rêve de justice sociale.
La Maison Parent-Roback
En 1998, un groupe d'organismes féminins fait l'acquisition d'une maison située sur la rue Ste-Thérèse dans le vieux Montréal, afin de permettre la mise en commun des moyens d'éducation, de formation, de recherche et de diffusion pour améliorer la situation des femmes dans la communauté.
En choisissant le nom de Parent-Roback les groupes de femes ont souligné le travail collectif et l,amitié de deux pionnières dans la défense des droits des femmes du Québec.
Le rêve de justice sociale de Léa Roback et de Madeleine Parent se poursuit toujours.



