01 décembre 2000| Vol. 1, No. 5 - Décembre 2000 |
L'ABC de la connaissance: un pas vers l'autonomie

Saviez-vous que 21% de la population est analphabète au Québec? On définit comme analphabète toute personne qui n’est pas en mesure d’utiliser les imprimés et les écrits nécessaires pour fonctionner dans la société.

Un Mondalire, organisme sans but lucratif, offre des services d’alphabétisation gratuits à toute personne adulte qui veut apprendre à lire et à écrire pour améliorer sa condition de vie. L’organisme offre des ateliers d’écriture, de lecture et de calcul ainsi que des ateliers à l’ordinateur et à l’Internet (en petit groupe). Il offre ses services à la population de l’est de Montréal, et les municipalités
environnantes.

En ce moment se déroule une campagne intitulée L’accès à l’emploi pour les personnes peu scolarisées- C’est à l’œuvre qu’on reconnaît la main-d’œuvre. Le but de cette campagne est de sensibiliser la population à la cause des personnes peu scolarisées face à l’emploi. Le texte qui suit est le témoignage anonyme d’une femme qui a rencontré des difficultés au travail en raison de son analphabétisme.

La joie d’apprendre

Je vais vous raconter mon histoire, peut-être pas aussi bien que nos grands auteurs québécois le font, mais. .vous jugerez!

Aînée d’une famille de onze enfants, j’ai dû laisser l’école après la troisième année pour aider ma mère à la maison. Dès l’âge de 12 ans, j’étais sur le marché du travail. Pas question pour moi d’aller à l’école! À l’époque, ma grande angoisse était que les patrons s’aperçoivent que j’étais analphabète.

Un jour, un collègue de travail se rend compte que j’ai des problèmes à lire et à écrire. Elle me dit : Va donc passer un test de français. Je prends rendez-vous, mais avec des fautes de grammaire, le directeur me dit : Va à Un Mondalire, ils peuvent t’aider.

Je me présente donc à Un Mondalire et c’est là que j’ai pris ma décision de retourner à l’école. Ça me manquait tellement de ne pas savoir écrire. Imaginez...quand votre enfant arrive de l’école et vous dit : maman, j’ai besoin de toi pour mes devoirs. Vous le regardez et votre cœur se brise en mille morceaux. Vous ne pouvez pas l’aider, mais lui, dans sa petite tête, il croît que les mamans savent tout. Comment lui expliquer? Je prenais des détours, je lui disais que moi, quand j’étais petit, ce n’était pas la même chose.

Il a compris bien des choses en grandissant et c’est pour cela qu’il a été longtemps à l’école. Je ne voulais pas qu’il me ressemble. Il a toujours été fier de sa mère, mais aujourd’hui, il l’est encore plus quand il voit tous les efforts que j’y mets.

Maintenant, j’ai plus confiance en moi . Je me souviens du jour où j’ai dû refuser un emploi parce que j’étais obliger de faire des rapports par écrits. Si j’étais obligée d’écrire, j’attendais d’être à la maison afin de demander à mon mari de faire pour moi. Ça m’apporte beaucoup de savoir lire et écrire. Et c’est grâce à Un Mondalire et aux gens dynamiques qui y travaillent si je suis plus sûre de moi maintenant. Je peux aller partout et prendre des notes sans me sentir mal dans ma peau. C’est le plus beau cadeau qu’une personne puisse s’offrir une fois dans la vie.

Actuellement, mon plus grand désir est de terminer mon secondaire V … et je suis bien partie pour cela ! Messieurs du Ministère de l’Éducation laissez-nous Un Mondalire, on en a tellement besoin.

Si vous vivez ou connaissez quelqu’un qui vit une situation semblable, n’hésitez pas à communiquer avec nous au 514 –640-9228. Un Mondalire est situé au 11763, Notre-Dame Est à Montréal.

Monique Bournival